Ma soeur
(MarieVIAU), alors, avait une chambre chez Monsieur Desaunay, pâtissier, c'était une
maison très agréable, il y avait table ouverte pour les amis et ils étaient
nombreux.
Il y avait là
un jeune homme (Pierre-Frédéric HUAULT) beau de stature qui avait de beaux yeux mais d'un feu sombre,
et se dérobant ; la bouche africaine, des cheveux droits, gros, et noirs ;
il avait du quitter les bancs du collège à quinze ans pour s'occuper de la
maison de son père boulanger et venant de mourir. Il avait une soeur plus
jeune que lui de cinq ans et sa mère.
Bientôt cette
dame quitta son industrie ; le jeune homme voyagea quelque temps puis il
revint à Chinon, où, faute de mieux, il aidait Monsieur Desaunay. Frédéric Huault avait alors 19 ans. Je l'avais remarqué une seule fois, il y avait
environ 4 ans, prenant une leçon d'armes, j'eus pour lui promptement une
vive amitié, et ce fut avec plaisir que j'appris qu'il allait devenir mon
beau-frère.
Ce mariage eut
lieu en 1827. Mon frère et Mme Godin, sa belle-mère, moi et Clémentine,
charmante enfant, premier-né de mon frère, très précoce, nous partimes de
Mer dans une charrette couverte avec force provisions, paille pour s'étendre
à son aise mon frère et moi conduisions alternativement. Nous fimes nos
trente-deux lieues en trois étapes : charmante façon de voyager, puis autre
délice, huit jours de doux loisir, mieux que cela , de noce... Les mariés
nous accompagnèrent au retour, toujours dans la même charrette. Ils
n'étaient pas encore fixés sur la ville qu'ils habiteraient, ils se
décidèrent pour Loudun. Il y avait déjà là un pâtissier, mais, où n'en
trouverait-on pas ? Il est à peu près sûr qu'il n'y en ait pas besoin.
Ils
s'installèrent à Loudun. J'y allai moi-même 7 mois après leur mariage.
C'était un bon ménage, pourtant ils n'étaient pas heureux dans leur
établissement : la vente n'était suffisante que pour faire les frais du
ménage ; ils étaient en perte de fournitures, et, comme dans cette industrie
la vente représente le double du prix de revient, il s'en suit qu'ils ne
gagnaient que la moitié de leurs frais. |
|

Pierre Frédéric HUAULT

Marie VIAU, Soeur de Fortuné VIAU
peintre portraitiste
et auteur des premières mémoires sur la famille
(Deux toiles de Fortuné VIAU)
|