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(Extrait des mémoires de Fortuné VIAU de 1708 à1852)
Mon grand'père
François ANGELIAUME
avait trente ans, comme ma grand'mère ( ? YH) quand ils se marièrent.
Il était jardinier. Je l'ai connu, j'avais cinq ans quand il mourut.
C'était un beau vieillard, d'une sérénité inaltérable, lent dans ses
mouvements mais toujours occupé; il avait des cheveux bouclés, un peu
longs et taillés comme au temps de LOUIS XII et à-peine gris.
Un Dimanche que j'étais à l'église avec lui, je le
comparais avec d'autres anciens comme lui, je le trouvais le plus
beau, et tous étaient polis et affectueux à son égard. C'est qu'il
avait soixante-dix ans d'une vie irréprochable, qu'il était toute
bonté. Ma mère ne l'a jamais vu en colère une seule fois. Pourtant il
s'emporta un jour contre elle, elle piétinait ses plates-bandes, il
lui avait déjà dit dix fois "vas-t'en de là", impatienté il lui dit: "saprée
drôlière, t'en iras-tu?" et il lui lança son chapeau aux jambes, mais
doucement. Ma mère le regarda surprise, effrayée et tomba presque
pâmée. Jamais il n'avait eu pour elle que des paroles caressantes ,
elle pouvait avoir sept ans . Jamais, depuis, il n'a eu un mouvement
de vivacité contre elle.
Mon grand'père n'eut que deux enfants qui vécurent : un fils et ma
mère. Ma mère était plus jeune de deux ans. Le fils (5) (François
Angeliaume A.H.) ne tenait guère de son père, il était brillant,
plein d'entrain et de malice, rageur, se mêlant de toutes les
querelles et s'en emparant. Plus tard il se corrigea, quand ma mère
eut un fils, il l'exhortait à lui inspirer la modération et les vertus
qui lui avaient manqué. Mais hélas ce pauvre oncle n'a pas eu la
satisfaction de vivre longtemps dans ces beaux sentiments, il est mort
comme tant d'autres pour ce que la sottise humaine appelle la Gloire
de l'Empire : un boulet le coupa en deux, le matin du jour de la
bataille d'Austerlitz. |
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